Présentation du Master Méditerranée-Maghreb-Europe

Le parcours du master Méditerranée, Maghreb, Europe, dans la mention Civilisation, culture et société, est une formation originale en ce qu’elle aborde la Méditerranée comme un espace de circulations, de mobilités, d’échanges et de transformations. Pour rendre intelligible cet espace pluriel, est appliquée une approche transdisciplinaire qui favorise le décloisonnement de la pensée et la rencontre d’étudiant.es issu.es d’horizons géographiques, linguistiques, disciplinaires multiples.

A partir de 2020/2021, le master changera de nom pour s’intituler Mondes méditerranéens en mouvements Master en sciences sociales mention civilisations cultures et sociétés. Une présentation synthètique des modifications de la maquette sera prochainement disponible. Dès cette année nous engagerons la transition vers cette nouvelle maquette.

A partir de cette démarche, le master forme des chercheur.es en sciences sociales et des professionnel.les aptes à concevoir et évaluer des politiques publiques locales, nationales et internationales ; à développer une analyse critique des stratégies et politiques de développement dans des contextes sociopolitiques spécifiques ; à participer à la définition de nouvelles stratégies de développement durable respectueuses des besoins des populations concernées dans leurs identités, à comprendre et concevoir les actions dans le domaine de l’interculturalité.

Il offre un ensemble d’enseignement et de formation à la recherche portant sur ces aires géoculturelles. Il privilégie les articulations entre les espaces d’étude en Méditerranée, les transversalités entre plusieurs disciplines des sciences sociales, et propose une formation couplant recherche et insertion professionnelle.

Ce cursus donne aux étudiants en formation initiale et continue les connaissances et les outils permettant de répondre de façon innovante aux questions posées par les mutations des sociétés méditerranéennes contemporaines. Il s’intéresse à leurs circulations et aux échanges socioculturels et prépare les étudiants à la compréhension et à l’analyse de ces sociétés dans leurs transformations et interrelations, à différentes échelles, du local au global. L’espace méditerranéen aux géométries plurielles et mouvantes est abordé dans une perspective comparée, élargie à l’Europe - du Sud en particulier -, à l’Afrique du Nord et plus largement au monde arabe et à l’Afrique subsaharienne, en interrogeant et décloisonnant les catégories et subdivisions spatiales héritées des Empires coloniaux.

Ces questions prennent place dans un champ en plein renouvellement, suite notamment aux mouvements sociaux qui caractérisent la Méditerranée, en privilégiant trois axes thématiques : mobilisations, contestation et structures sociales ; culture(s), mobilités, identités ; développement territorial et mondialisation.

Les orientations retenues, en lien avec les unités de recherche de référence (Ladyss, Cresppa), s’inscrivent dans différents programmes de recherche nationaux fédérés au sein du GIS Moyen-Orient et Mondes musulmans - et internationaux.

Le parcours se définit par une démarche pluri- et trans- disciplinaire qui constitue l’une des spécificités fortes du master et se décline de plusieurs manières :
- Elle s’appuie sur un tronc commun d’enseignements associant 6 disciplines - science politique, sociologie, géographie, histoire, anthropologie, économie – et proposant des cours et ateliers à plusieurs « voix » sur l’aire méditerranéenne.
- Elle s’ancre dans les spécialisations disciplinaires des étudiants, à travers le partage
d’enseignements dispensés dans les départements de Science Politique, Géographie, Sciences sociales, Science de l’éducation et au Département d’études arabes
- Elle promeut les échanges entre les différentes disciplines en ménageant, à partir de thématiques communes, une démarche de croisement des approches et de réflexion sur les corpus théorique et conceptuel, de construction d’outils méthodologiques partagés, visant à enrichir l’apport singulier des différentes disciplines.

Le recrutement s’adresse tant aux étudiants français qu’étrangers, issus de formations diverses (science politique, géographie, sociologie, anthropologie, droit, économie, histoire, langues et civilisation, littérature, etc.). Il propose des formes pédagogiques variées organisées en cours, ateliers, mémoires, pratique de terrain, stages, travaux individuels et collectifs..., et ajustées aux besoins des étudiants par les projets tutorés.
Le département Relations euro-méditerranéennes de Paris 8 s’appuie sur une expérience, consolidée depuis vingt ans, d’échanges avec les universités et instituts de recherche de l’aire méditerranéenne – Italie, Espagne, Algérie, Maroc, Tunisie, Liban, en particulier – et sur un dialogue avec le territoire francilien et dionysien.

Tribune de la formation sur les effets néfastes du dispositif mal nommé "Bienvenue en France"

« Bienvenue en France » ? Etudes méditerranéennes en danger

Tribune parue sur Lemonde.fr en janvier 2019

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En moins de 48 heures, l’annonce du gouvernement d’augmenter les frais d’inscription des étudiants étrangers a été affichée sur tout le réseau Campus France. Une diligence rare, souvent constatée lorsqu’il s’agit de sélectionner et d’exclure, socialement et géographiquement…

Différentes voix se sont exprimées à ce sujet, hélas difficilement audibles dans un contexte politique et médiatique fort brouillé ; il n’en reste pas moins que la question soulevée par la décision d’un barrage financier à la liberté d’étudier dans les universités françaises ne peut être éludée, il en va d’un choix de société à long terme.

L’université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, située dans le 93, accueille actuellement près de 30% d’étudiants étrangers, soit deux fois plus que la moyenne des universités françaises (14%). Cette attractivité de Paris 8 n’est pas sans rapport avec les choix assumés d’être une Université-Monde, même si d’autres logiques interviennent qui ont aussi à voir avec son « territoire » d’insertion dans l’un des départements français les plus fragiles et stigmatisés.

Cette attractivité est clairement menacée par la hausse des frais d’inscription compte tenu du profil de nos étudiants, avec à la clef un effacement probable du champ de recherche et de formation dédié à la Méditerranée.

Depuis vingt cinq ans, l’actuel master Méditerranée - Maghreb – Europe peut s’enorgueillir d’avoir défendu – contre vents et marées – un espace d’enseignement et de recherche axé sur la Méditerranée, occidentale au départ puis élargie à l’ensemble du bassin. Une Méditerranée appréhendée non pas dans l’opposition de deux rives mais bien comme un espace de circulations, de mobilités, d’échanges, de transformations, un espace pluriel, commun pour ne pas dire partagé. Contre tout enfermement dans des catégories et assignations civilisationnelles, le pari d’une approche transdisciplinaire a favorisé le désenclavement/décloisonnement de la pensée, indispensable à nos yeux pour l’intelligibilité de cet espace et la rencontre d’étudiants issus d’horizons géographiques, linguistiques, disciplinaires multiples.

Venus de France, d’Espagne, d’Italie, de Grèce, mais aussi de Turquie et de Mauritanie en passant par le Liban et Israël – et bien sûr des pays du Maghreb -, les étudiants de ce master ont été formés scientifiquement sur la base d’un métissage intellectuel, culturel et social ouvrant à une compréhension partagée de la richesse et de la complexité de l’espace méditerranéen.

La connaissance fine des nombreux enjeux que cristallise la Méditerranée dans ses géométries variables ne peut se concevoir sans la participation des étudiants des rives Sud et Est. Les deux tiers des inscrits dans ce master proviennent des pays du Maghreb et en moindre part de la Méditerranée orientale, un tiers de l’Europe méridionale dont la France.

Nous connaissons bien ces étudiants qui sont les nôtres, leur situation universitaire, certes, mais aussi leurs conditions de vie, leurs « galères », tant en amont de leur arrivée (la course d’obstacles et les exigences croissantes pour espérer obtenir un visa) qu’au quotidien de leur vie d’étudiant, sur les plans économique (travailler pour financer les études), social (des conditions d’hébergement difficiles), de la santé ou encore familial. Pour l’écrasante majorité, ils ne pourront passer le cap des frais d’inscription. Ce sont assurément des milliers de jeunes interdits d’études. Et c’est aussi, pour la France, se priver de la construction de savoirs croisés, indispensables sur cet espace et à partir de cet espace.

Au-delà de notre master mais aussi de Paris 8, le risque d’une désertification progressive du champ des études méditerranéennes et d’une méconnaissance pour la société française de cet espace, des tensions et contradictions mais aussi des richesses et des potentiels qui le traversent, avec tous les dangers que cela représente. Une menace régulièrement rappelée par nombre d’universitaires comme en témoignait déjà Misère de l’historiographie du Maghreb post-colonial (1962-2012) de l’historien Pierre Vermeren, paru en 2012.

Ce cynique « Bienvenue en France » - sic - combine alors tristement une vision à courte vue, très libérale en son essence pour l’un de ses versants et un message pour le moins inquiétant de fermeture à l’égard d’une partie de cette Méditerranée à laquelle nous appartenons. Visions qui se rapprochent dangereusement de celles des Orban ou Salvini par une volonté, si peu voilée, de tarir le flux d’étudiants en provenance de cette région, au même titre que tous les autres flux migratoires transitant par la Méditerranée.

Ce sera, nous l’espérons, tout à l’honneur de Paris 8 que d’affirmer une résistance à cet « air du temps » - qui s’installe dans la durée - en maintenant une politique d’ouverture aux étudiants de Méditerranée et d’Afrique, gage d’une connaissance désoccidentalisée et mieux partagée des « fluidités » méditerranéennes.

Des enseignants du Master Méditerranée-Maghreb-Europe, le 4 décembre 2018

 

 

Misère de l’historiographie du Maghreb post-colonial (1962-2012) de l’historien Pierre Vermeren, paru en 2012 aux Publications de la Sorbonne ; le Livre Blanc des études françaises sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans rédigé en 2014 par Catherine Mayeur-Jaouen, professeur d’Histoire à l’Inalco (Institut des langues et civilisations orientales) ou encore https://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/09/18/comment-la-france-a-delaisse-les-etudes-sur-le-maghreb_4762870_3212.html

Brochure du Master MME 2019/2020

Brochure 2019/2020 à télécharger